lundi 26 avril 2021

L'UNIVERS ÉTEINT





Ma ville me hurle son silence.
Vidée de ses automobiles, seuls quelques passants rebelles et hagards errent encore dans les rues. 
Obsessionnels, des arbres malingres s’échinent à pousser envers et contre tout, bras élancés vers un ciel bas et plombé, définitivement plombé. 
Personne aux terrasses des cafés: il n’y a plus de terrasses et il n'y a plus de cafés. 
Quelques mois auparavant, je m’y asseyais pour écrire, échanger avec les voisins les banalités du jour et je regardais la vie joyeuse ou triste des autres défiler devant mes yeux: je les écrivais.

Le Grand Conseil Mondial a pris des décisions désastreuses, la vie s'est arrêtée, les cieux  se sont couverts...

En quelques années, tout a été mis en place, sans que l’on y prenne garde, penchés que nous étions sur nos écrans, pressés que nous étions d'envahir les supermarchés, avides que nous étions d'acheter tout et n'importe quoi, pourvu que nous remplissions notre manque sidéral et primitif.
Seuls quelques veilleurs criaient dans le désert.
Collusion entre les États et l’industrie: celle-ci fabrique, l’État donne à chacun des 
« crédits» qui servent à acheter ce que l’industrie fabrique.
Incompréhensible et rentable pour quelques uns. 
Les murs de nos appartements sont couverts d’écrans géants.
Nous n'avons plus de fenêtres. 
Les lucarnes agitées les remplacent et font défiler des campagnes disparues et des océans interdits. 
Jour et nuit ils nous abêtissent, et nous sommes un petit nombre à les avoir brisées, préférant l'ombre silencieuse au vacarme incessant des téléviseurs. 

Ils savent. Ils savent tout et depuis si longtemps.

Pucés comme les chiens, les chats et les papiers d'identité. Pucés au poignet, nous aussi, traçables comme les boeufs à l'abattoir.
Ils reviendront, ils remplaceront les écrans brisés, placeront des caméras supplémentaires, et surveilleront de plus près nos faits et gestes pourtant si limités.
Ils nous auront à l’usure, à la fatigue, au découragement.
Parfois nous essayons de fuir, vers les pays désertiques et torrides, épargnés et solitaires, où nous mourrons faute d’eau et de nourriture, mais libres!
Ils ont détourné toutes les sources, les rivières et les fleuves et jusqu’au moindre étang pour étancher les zones des villes où habitent les richissimes magnats qui nous gouvernent, entourés de castrats obséquieux, mains tendues vers les miettes jetées comme à des animaux sauvages.
Par endroit, des machines muettes envoient des rayons ultra-violets et infra-rouge pour qu’un peu de vie demeure, si peu, depuis que le soleil s'est éteint derrières les nuages de cendre et de pollution.

Je m’assieds sur le trottoir: planète grise, ciel de plomb, oiseaux disparus, fleurs...c'était comment encore les fleurs? 
Ils nous fournissent, et diluent dans l’eau parcimonieuse, le poison qui nous rend à leur obéissance. 
Je ne briserai plus leurs écrans, ni n’errerai plus dans la ville, et sans qu’il soit besoin de funérailles, mon corps se desséchera et ne laissera sur le sol qu’une poussière, qu’un aspirateur géant et central, engloutira.
Une autre prendra place dans le cube vidéo, dépensera ses 
« crédits » aux achats inutiles.

J’avance vers les militaires postés au coin de la rue, qui nous surveillent, zombies sans âme, mitraillette au poing. 
Bête hurlante et désespérée, je me jette à leur rencontre.
Mon sang rouge écarlate fait tache dans l’univers éteint. 



Photo et texte
Mona Mc Dee 2018 bien avant le confinement de 2020.








2 commentaires:

  1. Thanks ka, materinya sangat bermanfaat sekali buat aku. Aku suka banget ^^ Begini cara Daftar Togel Terpercaya yang harus kamu coba

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    1. je ne comprends pas... donc dois-je être heureuse ou non de votre lecture ;-) merci d'avoir lu, en tout cas! Mona

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