vendredi 14 mai 2021

Qu'as-tu aimé, qu'as-tu appris?



Arrivés à un certain âge, beaucoup d’entre nous ressentent ce sentiment d’urgence, d’avoir à terminer tant de projets en jachère, de compléter au mieux nos dernières volontés en fonction de notre santé du jour ; cette impression de vouloir à tout prix arriver à la fin, les bras croisés sur la poitrine, admirant notre œuvre achevée, satisfaits et nous disant : 
« voilà, tout est accompli, je peux m’en aller tranquille. »
Mais, rien n’est jamais terminé : 
il y aura toujours une visite que l’on n’aura pas faite, 
un baiser oublié, une facture impayée, un livre inachevé sur la table du salon, 
une toile vierge sur un chevalet, une salade qui s’étiole dans le frigo.
Il restera des secrets d'alcôve au fond de nos tiroirs, de ceux que l’on s’était bien juré de détruire un jour.
Nos cahiers resteront pleins de désirs inavouables et, cachées dans les replis affaissés du vieux canapé, les boucles d’oreilles d’une maîtresse depuis longtemps oubliée, ou le flacon vide de l’after-shave d’un amant presque sorti de notre mémoire. 
Il y aura aussi des médicaments périmés, des lettres enrubannées, des photos entassées et des dessins d’enfants dans une boite à chaussure éculée. Dans l'ordinateur, toutes les images qu'on s'était promis de faire imprimer un jour et qui disparaîtront d'un doigt trop pressé qui appuiera sur " delete", jetant à la poubelle, sans états d'âmes, ces souvenirs si tendrement gardés.
Le jour venu, nous serons seuls, même si nous sommes entourés, et tout cela n’aura plus aucune importance.
Entre eux et nous, tomberont les barrières hypocrites de la bienséance: nous avons été qui nous sommes, toujours, et je n’adhère pas à l’injonction: « deviens qui tu es », du moins pas à ce que cela semble sous-entendre : "tu n'es pas bien comme tu es."
Être en vie c’est déjà être. 
Nous avons toujours été nous, même si cela ne nous fait pas plaisir.
Tout au plus avons nous essayé d’être plus sincères envers les autres et surtout envers nous-même.
Nous n’aurons plus d’autre ambition que de dire par des mots ou par le regard, si le silence a clos nos lèvres, que nous avons aimé, de la meilleure manière qu'il nous était possible. 



Texte et peinture Mona MacDee


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