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lundi 4 juillet 2022

L'Amant au long cours




Veux tu être mon amant au long cours,
le matelot de mes épissures,
le voilier aux vagues de mon corps,
le phare au milieu de mes flots,
le batelier en attente aux portes du bief
et l’écope des trop-pleins de mon cœur,
le marin à mes seins arrimé,
l’amer qui me sert de repère,
le musoir à l’entrée du port ?

Je te serais sirène ondulante,
à tes yeux dévoilée, 
ou goélette fière et ardente,
dont tu serais timonier.

Laisse-toi courir sur ton erre,
aborde moi en tendresse et douceur,
amarre tes lèvres à mon ventre,
et d’une main zélée, 
découvre capitaine, mes îles au trésor.




petite série de poèmes, oh, si peu, érotiques.

Mona MacDee

lundi 13 juin 2022

TRANSMETTRE !

Transmettre !




 

 

 

 

 

Nous vivons dans cette société occidentale où la transmission est boudée. Elle vient de nous, les plus âgés, pas nécessairement plus sages, mais remplis à ras bord d’expériences, de témoignages dont plus personne ne veut. Par définition, nous sommes considérés comme… de vieux cons. Il y en a, des jeunes cons aussi.
Transmissions de valeurs, de savoirs et on leur préfère les transmissions par YouTube et autres réseaux interposés, melting-pots de très bonnes choses mais aussi d’exécrables. Nos expériences de vieux sont vouées aux oubliettes, ennuyeux et fâcheux que nous sommes.
J’ai accroché au numérique, puis à la « Toile » très tôt, dans les années 80 et donc en quelque sorte «  Geek » de la première heure, et pourtant même dans cette branche, je ne suis pas encore devenue obsolète. Pourtant, personne n’imagine que la dame d’un âge certain qui lit dans son coin, pourrait en remontrer, à ce propos, à plus d’un, même jeune. Nous sommes tous et toutes pleins d’a priori !
Dans ma propre famille, pourtant pas particulièrement agréable à vivre, où l’alcool régnait en maître, lors des accalmies, j’adorais écouter les « grands » et y ai appris autant, si pas plus que sur les bancs de l’école.
J’écoutais bouche bée, comment mes parents, pendant la guerre de 40-45, alors âgés de 18 ans, montaient sur les toits pour voir où allaient exploser les furtifs V2 *, comment ils jouaient au foot dans les rues malgré le couvre-feu, avec une vieille boîte de conserve, bravant les rondes de la soldatesque allemande ; comment mon père adoptif, réquisitionné pour le travail obligatoire par les allemands, avait avalé une boule de mie de pain remplie de limaille de fer. Une « radio » ( rx) avait été faite avant son envoi en Allemagne et une tache détectée sur un poumon par le herr doctor, avait fait penser à une tuberculose. Il avait donc été renvoyé dans ses foyers. Il mourut jeune d’un cancer du poumon. Il y eu tant d'autres histoires de vies riches, violentes, difficiles et courageuses aussi.
Dans la violence de mon environnement familial, parce que le désir d’en savoir plus sur leur vie m’était naturel, j’ai acquit le goût de la musique, de l’opéra, de la variété ; j’ai appris l’amour des livres, et d’une certaine forme de socialisme ( loin de ce qu’il est devenu ).
Transmissions involontaires de leur part, (nous n’avions le droit que de nous taire et d’écouter ), curiosité et intérêt de la mienne.  
Il y a en moi un trop plein de ces mille expériences, aucune oreille pour écouter un peu, parfois : alors j’écris, je sème, je jette des bouteilles à la mer et me persuade que quelques lointain.e.s on pu capter mes petites transmissions et en ont profité dans leurs vies.
Transmettre : le goût du beau, le goût des autres d’où qu’ils viennent, qui qu’ils soient ; transmettre : le goût de la lecture, de la philosophie, de l’astronomie et de tant d’autres sujets, par n’importe quel biais, car ce qui compte c’est d’éveiller l’intérêt, d’amener à l’interrogation et à penser par soi-même.
Pour cela, il faut accepter des moments de retrait, loin des médias qui « savent » et polluent nos esprits et nos coeurs.
À Lomé, ( Togo)  à Bobo Dioulasso ( Burkina Faso ), à Nouakchott (Mauritanie ) je ressentais et vivais cet intérêt pour l’expérience des anciens, l’écoute attentive mais aussi l’échange et l’écoute de leurs propres savoirs.
Ces pays pauvres et arides, ces gens exploités et courageux m’ont appris à restreindre mes désirs et une autre manière de vivre et de consommer.
Le plus merveilleux dans ces semailles, c’est que je ne saurai jamais où la graine s’est développée et quelle plante magnifique elle est devenue.

 

 Mona MacDee

 

 

 *V2

https://fr.wikipedia.org/wiki/V2_(missile)

lundi 9 mai 2022

Le temps du changement

 


D’ici le 1er Août ( tient… jour de la naissance de ma fille Nathalie ! ) je dois déménager. Ce n’est plus du tri que je fais, c’est une dévastation du trop et pourtant aux yeux de beaucoup, je n’ai rien, en terme de meubles, d’objets divers, de vaisselle etc… et ce peu me pèse comme un éléphant sur le dos. L’inverse de celui qui garde tout, moi je jette un max ! Pourquoi donc ai-je ramassé ce petit meuble chez le brocanteur de ma rue, pourquoi ai-je accumulé toutes ces toiles que j’ai peintes et photos que j’ai prises et que je n’ai jamais osé vendre ?  Une forme comme une autre d’accumulation de biens pour ne pas entendre le silence intérieur qu’il fallait parfois combler.
 Je rêve d’un appartement vide ou presque donnant sur le ciel, quelle que soit sa couleur, d’un seul tableau et d’une photo au mur, et de ce bel objet en bronze d’un artisan Burkinabé, de quelques assiettes et bols juste pour ceux que j’aime. Je dois me faire violence pour ne pas déposer, jour après jour, tout sur le trottoir !
Mais il me faut surtout me débarrasser de la culpabilité sous-jacente de me sentir trop bien nantie, et de l’impression de « ne jamais avoir le droit »… me dépouiller sans cesse de tous mes oripeaux, et pourtant je n’arrive jamais à toucher l’essentiel en moi, à dire à ma petite à l’intérieur, qu’elle est bien telle qu’elle est, qu’elle est parfaite comme elle est et qu’elle a le droit de se sentir bien dans un endroit qui lui plait et que sa « grande devenue » que je suis, a le droit de se reposer, de ne plus peindre, ni de prendre des photos, ni d’étudier et même, qu’elle a le droit de ne rien faire du tout et de bayer aux corneilles !
Je me sens fatiguée de me battre contre les injonctions inconscientes qui me susurrent que je dois encore et toujours faire plus, faire mieux et être parfaite.
Vive donc ce déménagement qui m’effraye, me terrorise littéralement car il m’oblige à faire table rase d’habitudes qui ne m’apportent plus le même plaisir car tout a un temps !
Et le temps du changement est venu.   

Ne laissez jamais personne, ni vous-même vous dire que vous êtes trop ou pas assez, que vous n'êtes pas assez bien, que vous n'en faites pas assez. Il est temps de prendre votre place.

 

 

Mona MacDee

 

Si je devais rester seule


 
 
Si de longues heures et de longs jours, je devais rester seule chez moi,
si je ne pouvais sortir pour aller prendre ce café que je pense indispensable,
si je ne pouvais partir voir ma famille, mes amies et amis,
que ferais-je ?
Je ferais comme les autres jours: je me lèverais, ferais ma toilette, et m’habillerais comme pour aller à un rendez-vous, un rendez-vous avec moi-même.
J’en profiterais peut-être pour faire un grand ménage, ou bien pour trier des tiroirs débordants de choses inutilisées ; j’ôterais les poussières légères déposées sur les livres, et j’en lirais, un à un, les titres ; je me donnerais le temps de les regarder, de les ouvrir et de murmurer ces phrases soulignées, ou ces notes dans la marge ; je siroterais le café brûlant et je secouerais de mes épaules les impatiences.
- Des impatiences ?
Oui, celles qui me faisaient me précipiter au dehors pour me sentir moins seule, ou pour partir à la chasse aux images, à la chasse aux nuages, à la chasse aux illusions.
De temps en temps j’aurais du mal avec le silence, et je mettrais de la musique entraînante, mais à la fin, elle ne serait que bruit, alors je m’assoirais dans le fauteuil, et j’écouterais la vie de l’appartement et le calme revenu de la rue ; j’observerais le ciel et ses mille nuances, de gris et de bleu et les oiseaux indifférents à nos soucis humains.
Si je devais, de longues journées demeurer seule chez moi, je mettrais une nappe sur la petite table de la cuisine, une jolie bougie, pour faire de mon repas du soir, une fête ; je mettrais ma plus jolie robe et les escarpins rouges que je m’interdis encore de porter ; j’entendrais vos voix au téléphone, et j’écrirais, beaucoup je pense, libérée des nouvelles du jour, que je ne veux plus écouter ; j’observerais la flamme de la bougie qui brûle devant le petit Bouddha qui trône sur la cheminée et les volutes qui s’échappent du bâtonnet d’encens; j’apprendrais à faire mienne la solitude, à respirer lentement quand l’angoisse surgirait. 
À la nuit venue, dans mon lit, depuis si longtemps déserté, je rêverais que tes bras encore m’enrobent, et mon corps soudain éveillé, se souviendrait de la chaleur de tes doigts.
Si je devais rester seule chez moi un très long moment, je ne laisserais pas la nostalgie faire sa loi, je suis encore maîtresse de ma vie ! 
Au matin, j’irais happer le premier rayon de soleil par la fenêtre ouverte, ou bien je dessinerais des sourires dans les gouttelettes de pluie.
J’accepterais parfois de m’ennuyer un peu, de me reposer beaucoup, et je relirais ces livres qui ont enrichi mon existence, et qui sait, j’en profiterais pour apprendre une langue nouvelle, la musique et le solfège ou le dessin au fusain !

Quand le long isolement prendrait fin, j’irais danser sur le trottoir sans plus me soucier des regards, et j’irais me jeter dans tes bras à toi, qui ne sais pas qui je suis. 



MacDee

samedi 30 avril 2022

Burkina Faso, asbl Modibo: un voyage du coeur.













Maquis de Michael
 Pas le coeur poète en ce moment. Certains demandent qu'on cesse de poster des récits de voyage, mais je sais qu'à d'autres cela fait du bien. Alors je suis mon intuition et re-publie ce "Voyage du coeur' au Burkina. Les photographies sont visibles sur le lien dans le blog, sous forme de Diaporama. À mes amies et amis de là-bas. avec affection. 
( CONFINEMENT 2020)

https://vimeo.com/264072161   Les photos sous forme de Vidéo. 

2012, Janvier, réservation de billets pour le Burkina-Faso. 
9 mois à attendre ou presque: une gestation.
Septembre: Valises bouclées, lourdes de vêtements et de cadeaux.
Accompagnées de notre amie, Christel, qui a fondé une asbl de parrainage là-bas, ma soeur et moi, nous nous envolons pour rendre visite à nos filleuls et filleules de l’association Modibo, qui, à ce jour, parraine une soixantaine d’enfants.
Pour ma soeur, c’est une première africaine: je la préviens du choc qu’elle va probablement ressentir. 
Très sûre d’elle, elle me répond  « Oh, mais tu sais j’ai vu pas mal de reportages! »
Je ris sous cape: « attends de voir, de sentir, de toucher, de respirer l’Afrique… »

Nous quittons Bruxelles pour Paris d’où décolle notre vol pour Ouagadougou. 
Un nom exotique et lointain aux parfums de coco et de cannelle.
Effort de mémoire: cela fait 6 ans déjà!
Paris, café, vol, on atteint Ouaga. 
Le temps de chercher nos bagages, nous voilà déjà en sueur. 
Un ami nous attend et nous emmène en voiture chez le fils de notre amie, qui vit dans un logis sommaire non loin du 
« maquis » qu’il a ouvert, espérant trouver ici une autre façon de vivre qu’en Europe.
Avant goût de la notion de confort: matelas au sol et moto dans la chambre! 
Épuisées, nous tardons pourtant à trouver le sommeil et…atterrissage des premiers moustiques Burkinabés.
Au réveil, un café, un morceau de pain et en route pour le maquis, situé à à peu près 40 minutes de marche du logis.
Ce départ à travers routes rouges ensablées et « goudrons » est une découverte loin des documentaires! 
Ce n’est pas loin, dit notre ami, mais notre marche paraît longue au travers de ce chemin sculpté par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région.
Enfin le maquis: un lieu inattendu: des tables en bois façonnées par des artisans aux mains d’or, des chaises sous les grands arbres; une vieille caravane ou baraque décorée de couleurs vives.
Les rares habitants du coin, curieux viennent nous saluer.
Nous goûtons pour la première fois à ce breuvage sucré, presque sirupeux, à base de fleurs d’Hibiscus: le Bissap.
Les hommes eux, carburent à la Brakina, bière locale servie en bouteilles de…75cl. Il fait soif au Burkina.

La nuit tombe comme une chape, les moustiques vrombissent, nous baissons nos manches sur nos bras trop blancs et nous nous enduisons copieusement de la crème à l’huile essentielle que j’ai fabriquée avant de partir, pour éviter les produits industriels trop lourds pour l’organisme, et réservé pour les mauvaises surprises dans les endroits où règne le moustique tueur d'enfants. 
Un petit repas frugal: un peu de chèvre, plus d’os que de chèvre, recouverte d’oignons frais. 
J’adore ça, souvenir d’un voyage au Togo en 1996.
Ma soeur très sérieuse, demande:  « où sont les couverts! » avant de réaliser qu’on mangera aujourd’hui, avec les doigts. 
Les toilettes? On nous emmène à quelques mètres vers une petite construction de 3 murs et une dalle, un récipient avec de l’eau. 
Ni trou, ni évacuation et débrouille-toi: une des raisons de l’afflux de moustiques attirés par ces eaux usées que l’on retrouve un peu partout en Afrique et ailleurs dans les campagnes et les banlieues des villes. 
Fatiguées, nous regagnons, pour cette nuit encore, le logement de notre ami. 
Demain nous partons pour Bobo-Dioulasso, notre destination. 
Même si le climat africain m’est difficile, je sens profondément que nos racines sont ici, ces racines ancestrales gravées en nous. 

Le matin, un ami vient nous chercher et nous conduire à la gare des bus.
Environ 5h de trajet pour Bobo.

Gare des bus de Ouagadougou

L’Afrique dans toute sa splendeur humaine s’en donne à coeur joie: femmes et enfants, paquets, valises, paniers, couleurs, femmes, hommes et enfants. 
Ça crie et se bouscule.
Pour ma soeur, l’Afrique est en train de la marquer au fer rouge. 
Nous achetons les billets, le bus arrive: bagages en soute et nous montons à bord.
Un peu d’air conditionné fonctionne, mais pour combien de temps?
Pas d’autres « toubab »  blanches que nous dans le car.
Nous n’avons pas trop de tous nos yeux pour admirer le paysage.
Après environ 2h de voyage, un arrêt pour le ravitaillement: mazout pour le bus, toilettes éventuelles et nous sommes prises d’assaut par les petites vendeuses et vendeurs, bassines sur les têtes et qui espèrent gagner de quoi nourrir les leurs ce soir: bananes plantain, arachides, boissons, eau en sachets, pain etc…
Le sol est rouge et boueux, les vêtements des enfants usés, leurs pieds épuisés dans les « tongs » faits de vieux pneus.
Nous avons le coeur gros, à mille lieux de notre confort européen, à des lieux de notre culture.

Dans le bus l’airco tombe en panne. 
Comment songer à se plaindre après ce que nous avons vu?
Les stores tombent et chacun essaye vaille que vaille de les fixer: le soleil tape dur.

Tout à coup un paysage magique à la Magritte: de magnifiques lacs surmontées de petits cumulus d’un blanc immaculé.
Derrière la beauté, l’horreur: ce ne sont pas des lacs, mais les cultures de maïs et de riz, noyées par les pluies. 
Une épouvantables catastrophe, qui va permettre aux grands lobbies américains de vendre ici leur riz à la hausse!
Sur les routes des ânes malingres tirent des charrettes trop lourdes pour eux, mais que dire alors des femmes, âgées souvent, qui ici jouent le rôle d’éboueuses, et comme des ânesses, tirent des chariots remplis de déchets, pour les emporter plus loin, là-bas, quelque part.

Mais Bobo se profile enfin au loin.
Les enfants que nous n’avons pas entendus une seule fois de tout le voyage se réveillent pourtant écroulés de fatigue, mais retrouvent toute leur joie de rentrer chez eux.
Un taxi nous emmène dans la nuit  vers Villabobo, la maison où nous allons loger.
Notre amie nous a conseillé ce lieu, à une heure du centre de Bobo. 
Ce n’est pas vraiment un hôtel, les chambres sont impeccables, il y a une douche et des toilettes: le luxe!
Pour l’heure, nous ne voulons qu’une chose: notre lit. Demain est un autre jour.

Ani Sogoma! Bonjour
Adanse! Bonne arrivée. 

Nous nous réveillons tôt. 
Des effluves de café arrivent à nos narines. 
J’ai appris quelques mots de Dioula: 

Ani sogoma, bonjour, Ani Tilé ( bonjour à midi), Ani Houla vers 16h,  
Ani su ( bonsoir) et quelques phrases usuelles. 

Cela ouvre bien des portes. 

I kakéné wa? Comment vas-tu? 
Somorodô? ( et ta famille?). 
Oum kakéné ( Je vais bien.)

Le salon nous attend: sur la table, le café attendu, du pain, et Paul et Alice, maîtres des lieux en l’absence du patron, rarement présent.
Ils sont de la région de Bobo. 
Nous bavardons à bâtons rompus, échangeons nos premières impressions. 
Le salon est entouré par une énorme moustiquaire et nous avons l'impression d'être au coeur du jardin.
Très vite, notre amie et présidente de l’association, va devoir vaquer à sa tâche: l’asbl MODIBO existe depuis maintenant 10 ans;
Le parainnage des enfants coûte environ 15 euros par mois. Certains donnent beaucoup plus, mais la plupart s’acquittent de cette somme modique qui sert à la scolarisation, l’inscription dans les écoles, les fournitures scolaires et les uniformes cousus par Adama Diarra, le couturier. 
Un ancien directeur d’école, Pierre Bangare, est le référent de l’asbl à Bobo sans lequel la gestion en serait bien compliquée.
C’est à moto, derrière Pierre, que Christel s’en va, dès le lendemain visiter les écoles, tandis que nous faisons connaissance avec les lieux proches du petit hôtel.

Le lendemain, visite aux familles de nos filleules et filleuls: Safiatou et Aimé.
L’accueil est mitigé et empreint de part et d’autre d’une certaine gêne: je me mets à la place de nos hôtes: ne pas pouvoir prendre en charge eux-même l’éducation de leurs filles, et nous qui arrivons d’Europe, nanties avec des cadeaux et des vêtements, leur est certainement difficile à supporter.
Safiatou a alors 9 ans et se départira peu de sa réserve. Aimé est encore un petit garçon, plus spontané.
Mais il y a Francis, qui a une marraine à Bruxelles et Aboubacar, un grand ado de 16 ans, frère de Modibo, qui vend des objets divers au marché. Mes coups de coeur!
Il m’est impossible de tout raconter, ce serait un livre, et tous les détails n’intéressent personne: ils sont personnels à chacune de nous.

En vrac donc sans ordre chronologique, car tout se mêle un peu dans ma tête: 

je dirai la visite à Banfora, à ses cascades, aux étranges colonnes de pierres et sur la route qui y mène, 
les maisons écroulées sous les pluies; 

je dirai la joie de nos filleul-e-s à patauger dans la minuscule piscine de l’hôtel; 

je dirai la visite à la vieille mosquée de Sya, ancienne Bobo-Dioulasso et à la vieille ville où la malaria coule dans les égoûts à ciel ouvert et les eaux usées jetées devant les cases et les maisons; 

je raconterai le repas partagé, les fauteuils mis dans la grande cour, les frites faites pour nous et les chenilles qui ont eu plus de mal à passer nos gosiers; 

je dirai , dans un éclat de rire, l’autre plat de chèvre dégusté à l’entrée de Banfora, servi dans un emballage de papier brun et le piment jeté par ma sœur, qui, loin de ses fourchettes,  pensait que c’était du déchet et j’ai râlé sur mon piment irrécupérable!

Je raconterai encore la visite faite à la famille Diarra et amis, dans ce que l’on appelle le non-loti , où il n’y a pas d’électricité, un peu d’eau au puit et où toutes les femmes de Diarra tché ( papa Diarra) nous avaient préparé un grand repas, sans savoir que pour des raisons bassement intestinales, nous ne toucherions qu’aux aliments cuits et aux fruits épluchés; 

les femmes dorment à 3 dans une case de béton de 2,50x 2,50m avec une grande manne dans un coin où reposent leurs richesses: les pagnes. 
Je n’ai jamais compris, comment elles pouvaient essaimer, telles des reines au port altier, courageuses, amidonnées et parfaites, avec un enfant sur le dos et une bassine sur la tête!

Je dirai les enfants qui m’ont entourée pour la photo de départ et toutes les visites que ces personnes nous ont faites à Bobo, après une marche de 2h sous le soleil dans les rues bosselées; 

je dirai notre joie de les voir et de les accueillir avec ce luxe de bouteilles d’eau fraîches et de douceurs pour les enfants.

Dans la cuisine, il nous est arrivé de préparer notre repas, puis voyant les uns et les autres arriver, de commencer à vider le frigo pour un repas de 12 au lieu de 4, avec des oeufs, des sardines, du riz, des restes de pâtes et ce qui nous tombait sous la main, tout ça avec des poêles sans manche, des casseroles en alu, bombées et les moyens du bord. 
Et les rires et les sourires de ces soirées.

Il y a eu aussi le marché, torride sous la toile où officient Diarra Tché en tant que couturier et son fils Adama: chaleur, odeurs, gens qui nous sourient, espèrent de l’aide, d’autres méfiants.
Sur le chemin, la rencontre avec une association: Les mangeurs d’arachides. 
Ici les arachides sont omniprésentes: elle permettent de couper la faim, et de manger moins aux repas frugaux.
Puis il y eut cette extraordinaire visite aussi aux femmes qui ramassent, trient, lavent et filent les sacs en plastique usagés jetés aux 4 coins de la ville: elle en font des sacs, des portes-monnaies et autres objets magnifiques et inusables.

Je dirai aussi les « riz gras » dégustés avec Modibo, Christel et Martine, ma soeur au hasard des petits restaurants. Modibo, décédé il y a deux ans des suites d’une mauvaise prise en charge d’une Dengue. 20 ans. Il était à l’origine de la décision de notre amie de créer cette asbl et c’est un fils qu’elle a perdu. 
Un trou qui ne se refermera jamais.
Puis enfin, la distribution des prix, résultats scolaires, musique, danses et photographies, tous et toutes si fièr-e-s dans leurs beaux costumes et leurs belles robes.

Retour. 

Les derniers jours de notre séjour sont arrivés bien trop vite. Notre bagage est maigre désormais.
Je me plains de ma vie, de mes manques et je pense à elles, mais j’oublie vite, trop vite leur vie de combats quotidiens. 
Une bonne vingtaine de personnes, hommes, femmes et enfants nous ont accompagnées à la gare des bus de Bobo: attente, accolades, embrassades, larmes, adieux. 
L’émotion est palpable.
Lorsque le bus démarre, nous n’en finissons pas de faire les gestes de l’à Dieu, adieu,  et pour ma soeur et moi sans doute, sans retour. 
Ils disparaissent dans la poussière rouge des routes.

Autant nous étions loquaces en arrivant, autant le silence pèse à présent.
Les villages défilent, se reconstruisent: « y a pas de problème », acceptation de ce qui est inéluctable, et petite phrase que nous avons entendue souvent. 
Voyage, arrêt, petits commerces et enfin Ouaga…de nouveau. 
Après une nuit de sommeil, nous partons visiter un endroit de la ville où exposent des artisans, dont notre ami Roland qui fabrique meubles et objets à partir de bidons recyclés et de bois. 
Au retour, les odeurs pestilentielles d’essence frelatée et la pollution épouvantable de cette ville aux mille vespas et cyclomoteurs.
Nous nous entassons à 6 dans un taxi, dont l’arrière est rempli de caisses de poissons séchés et d’une bonbonne de gaz qui semble être le carburant de la voiture en piteux état! Nous préférons ignorer...
L’odeur de poisson séché imprègne nos vêtements et nous éclatons de rire! 
Notre ami taximen et conteur de Bobo, Ismaël, nous accompagne: il est invité à Paris. 
Enfin il part, pour la première fois de sa vie il quitte l’Afrique, prend un avion et c’est un bonheur de le voir manifester à la fois sa joie enfantine et sa peur au moment de monter dans l’avion.

Cette fois nous partons pour de bon: derniers adieux à l’aéroport.
La nostalgie déjà nous étreint: sourires d’enfants et de femmes, hommes plus réservés parfois, discussions sans fin du matin, crêpes faites dans la cuisine avec des ustensiles très basiques et quelle idée j’ai eu de faire ça par cette chaleur! 
Pays aussi musulman et catholique où les mariages mixtes sont légion, où les élèves des 2 religions fréquentent l'école des bonnes sœurs, la meilleure ici!  
Et ce n’est qu’aujourd’hui, 6 ans plus tard, que je raconte en quelques mots ce voyage, preuve s’il en était de combien il nous a marquées.




Allah ka aôn a be deme
Que Dieu nous accorde demain ( avant de se coucher)


Quand on est invité, on ne part pas de soi même 
« on demande la route » !





Texte : Mona MacDee. Photos: Martine et Mona Van Asch

Regards croisés.





Ton regard a atteint mon cœur,
gouffre profond où se reflètent les étoiles, 
l’océan, le sextant
et les cartes marines,
les bancs de sable et les phares,
que des vagues rugissantes agressent.

S'éloignent dans tes prunelles :
les caravanes nonchalantes,
sur les crêtes ensoleillées des dunes,
les mémoires d’amour,
les langues enlacées,
les sueurs maritimes et tendres,
et tes doigts agrippés à mes hanches.
 
Je rêve des langueurs anciennes,
des amours en allées,
de mes mains entremêlées aux tiennes
et de ta bouche multiple sur mon corps abandonné.
 
Toi, moi,
femmes éteintes ou lumineuses,
flammes mortes et parfois si vivantes,
enroulées à leurs corps absents,
la nuit bienfaisante nous englouti.



Texte et photo:Mona MacDee


vendredi 29 avril 2022

LA DOUCEUR DU RENONCEMENT


La vie n’est faite que d’abandons et de renoncements successifs, qu’ils soient conscients ou inconscients: expulsion du ventre maternel, retrait du sein nourricier, abandon de la position assise et par là même d’une certaine dépendance. Après il nous faut abandonner le foyer, le coeur déchiré, pour aller à l’école: maternelle, primaires, lycée, études supérieures ou travail. Nous tombons amoureux, nous avons, qui sait, des enfants, il y a des ruptures, des maladies et des décès. Tous ces épisodes de nos vies sont entrelacés de choix et donc d’abandons et de renoncements. Nous laissons là des amitiés enfantines ou adolescentes, persuadés à l’âge adulte, que tout ce que nous vivons est la juste conséquences de nos choix.
Nous renonçons à tel métier soit par manque de possibilités intellectuelles ou financières, soit parce que la vie nous place dans des situations où nous ne pouvons plus envisager une option particulière. Comme cela, tout au long de notre existence, nous nous dépouillons, avec conscience ou non, de ces oripeaux de l’âme, dont nous pensions être propriétaires. Il y a une grande différence entre un renoncement fataliste du type:  « Je renonce car à quoi bon… », et un renoncement joyeux, légèrement nostalgique, à ce qui fut, qui n’est plus ou bientôt plus, et auquel nous sentons intimement qu’il est illusoire de s’accrocher. Cette réflexion prend toutes les formes possibles et à toutes les étapes adultes de la vie. Cependant, c’est le grand âge venu qu’il est bon de se pencher sur ce qui nous fait encore vibrer, mais dont nous ne pouvons peut-être plus nous acquitter, et de vérifier à la lueur de la raison, mais aussi de notre ressenti profond et de nos intuitions, si nous devons y renoncer totalement, partiellement ( une occupation, une habitude, un type de relation) ou changer notre orientation et manière d’envisager notre futur. Accepter l’âge, passe par ce « tamisage » des illusions sur soi, sur nos capacités tant physiques qu’intellectuelles, sur ce qui nous importe de plus essentiel. Nous découvrirons alors dans le tamis, quelques pépites formées par tout ce qui, tout ceux et celles qui, ont enrichi notre vie. J’en suis là. Des pulsions mentales me soufflent des conseils, des avis, dont je sais parfaitement bien que je ne dois pas les écouter, qu’une façon de fonctionner se termine et qu’il y a encore tellement de merveilles à découvrir, intellectuellement, ou dans cet espace apparemment restreint de mon petit pays. Aujourd’hui, les terrasses des bistrots sont à nouveau déployées et je vous écris ,bien sûr, devant mon café retrouvé. 






Mona McDee